Un événement à partager, une question.

 

  • 13/01/2012
    (R)évolution à 360 degrés

    La vidéo 360° offre une nouvelle approche de la vidéo. Elle procure interactivité, immersion et apporte une nouvelle expérience à l’utilisateur. De plus en plus de vidéos interactives de ce nouveau genre se répandent sur la Toile. Elles permettent à l’utilisateur de porter son regard où il le souhaite. Il s’agit d’un domaine embryonnaire qui nécessite encore des recherches. D’un usage initialement marketing ou lié au monde du divertissement, cette technologie intéresse également artistes et auteurs. Elle représente une nouvelle opportunité créative. Les expériences novatrices se multiplient par exemple dans le monde du cinéma, non sans incidence sur l’écriture ou la production. A une époque où le multi-écran devient roi, où le spectateur est en quête de nouvelles expérience interactives et immersives, la vidéo 360° semble avoir de beaux jours devant elle.

    La vidéo 360°, quesaco ?

    La vidéo 360° permet à l’utilisateur de porter son regard où il le souhaite, quand il le souhaite, de naviguer dans la vidéo, de visualiser à 360° aussi bien horizontalement que verticalement, de changer son point de vue, de voir et revoir une vidéo de multiples façons… La vidéo 360° engage l’utilisateur. D’un statut de spectateur passif, il devient acteur. Il est virtuellement placé au cœur de la vidéo.

    Quelques pionniers ont mis au point et utilisé cette technologie, comme les sociétés canadiennes Point Grey et Immersive Media ou la société néerlandaise Yellow Bird. D’autres acteurs tentent également de s’imposer sur ce secteur, comme les sociétés françaises Loop’in et Digital Immersion. La vidéo 360° devient également accessible au public avec des accessoires et applications pour mobiles comme Dot 360 ou GoPano pour iPhone. Mais pour avoir un résultat de grande qualité, le matériel professionnel demeure nécessaire !

    La vidéo 360° est principalement destinée à l’affichage Web. Les players vidéo tels que YouTube ou Dailymotion se sont d’ailleurs adaptés à ce type de diffusion. L’utilisateur interagit alors à l’aide de la souris ou du clavier d’ordinateur.

    Mais elle pourrait envahir bien d’autres supports, des devices mobiles à la TV connectée. Des applications permettant à l’utilisateur de naviguer à 360° dans une vidéo existent déjà sur mobile. Pour profiter de la fonction 360°, les utilisateurs doivent alors faire pivoter leur iPhone, iPod touch ou iPad pour changer de point de vue, de la même façon qu’ils utilisent Google Street View. C’est le cas de l’application vidéo musicale des Black Eyed Peas baptisée BEP360 qui possède des fonctionnalités de motion control 360° et également de réalité augmentée. Autre exemple, l’application iPad « Renault Espace 360″ permet à l’utilisateur d’explorer sous tous les angles 10 destinations à travers la surface vitrée panoramique du nouveau Renault Espace.

    Demain, il est possible d’imaginer des contenus vidéo 360° sur les TV connectées, la reconnaissance gestuelle ou le « deuxième écran » pouvant jouer le rôle actuellement tenu par la souris ou le tactile. D’autant que pour séduire le consommateur, les acteurs positionnés sur ce segment devront proposer des contenus interactifs novateurs ! Des travaux sont en cours sur ce sujet. L’équipe MINT, du laboratoire LIFL-Université Lille 1, se base, par exemple, sur une interaction sur vidéo à 360° dans le cadre des ses recherches sur la télévision pilotée par le geste sans contact.

    Des applications dans le marketing et le divertissement

    De nombreuses applications de cette technologie se trouvent dans la communication et le marketing expérimental. La vidéo 360° permet de susciter un intérêt accru de l’utilisateur, en quête d’expériences novatrices et interactives.

    Nestlé USA, via sa marque de chocolat Wonka, a lancé « The Imagination Room » sur sa chaîne YouTube : une manière innovante de présenter les produits de la marque et d’attirer le consommateur en modifiant sa perception de la publicité. Une vidéo 360° immersive et interactive permet de faire entrer le visiteur dans un monde en 3D afin pour lui faire découvrir les secrets de fabrication du chocolat. Chaque étape de la visite est en outre ponctuée de petits jeux. Autre bel exemple de réalisation, celui de la marque Chivas Regal qui invite l’internaute à une soirée virtuelle interactive avec ‘The Art of Hosting’.

    Le monde du divertissement (sport, musique, émissions…) se saisit également de la vidéo 360°. Elle permet de placer le spectateur au cœur de l’événement.

    Cette vidéo, tournée dans la station de ski de la commune de Laax en Suisse, démontre les apports de la technologie 360° pour faire vivre une expérience de sport extrême du point de vue du sportif. Autre exemple, celui de la course cycliste le Tour de Flandres filmée en 360° depuis le point de vue d’un coureur. Orange expérimente, quant à elle, la diffusion live d’événements sportifs en 360°. Après la boxe et le Supercross de Bercy, Orange Sport a diffusé en direct le match de football PSG-Monaco du samedi 18 décembre 2010 en vidéo 360°. Le 360° pourrait également s’imposer comme le prochain format vidéo pour la diffusion de concert, offrant au spectateur la possibilité de vivre le live depuis son ordinateur et de choisir son angle de vue entre public et scène. Le live streaming en 360° se développe en effet de plus en plus. Le sport et la musique ne sont d’ailleurs pas les seuls domaines concernés.

    L’émission de télévision britannique de la chaîne CBBC, Blue Peter, a proposé une version filmée en 360° aux internautes, leur permettant ainsi de découvrir « l’envers du décors », le fonctionnement d’un plateau de télévision. TEDxUHasselt, événement TED, a également diffusé ses conférences en live streaming 360° en utilisant une technologie mise au point par le centre de recherche EDM (Expertise Center for Digital Media) de l’Université d’Hasselt. Derrière ce projet, le professeur Philippe Bekaert, dont les travaux, menés en collaboration avec les projets 2020 3D Media (EU FP7 IP) et Exploratieve Televisie (IBBT ICON), sont visibles ici.

    Certains acteurs y perçoivent également une nouvelle manière d’informer le public. CNN a permis aux internautes de s’immerger dans les rues de Port-au-Prince après le séisme qui a ravagé Haïti en janvier 2010 grâce à plusieurs vidéo 360°. L’internaute peut ainsi se rendre compte par lui-même des dégâts en explorant les rues sous tous les angles : une interactivité qui donne à l’information une certaine valeur ajoutée puisque l’internaute navigue par lui-même dans le décor.

    Quand les artistes se saisissent de la technologie

    La vidéo 360° investit également les domaines artistiques. Le spectacle Terra Nova de Crew offre une immersion totale au spectateur qui évolue dans un univers filmé se déroulant sur un écran à 360 degrés. Autre exemple, Mitsuaki SAITO, diplôme en 2011 de l’Ecole supérieure d’Art et de Design de Valenciennes (ESAD) a récemment présenté une installation vidéo 360° lors de l’exposition Cas d’Écoles, organisée par le Pôle Images Nord-Pas de Calais : avec le principe de l’immersion de la vidéo 360°, l’artiste fait entrer le spectateur dans la vision subjective du regard (le cameraman) pour un voyage initiatique à bord d’une décapotable rouge. Ce dernier exemple montre que la vidéo 360° est interrogée par les artistes, mais aussi par les chercheurs. En effet, c’est de la rencontre entre art et science au sein de de l’ESAD qu’est né le projet Immersion 360° orchestré par Christl Lidl, un partenariat avec l’école, des laboratoires d’ingénieurs et universitaires (EDM-Hasselt et LIFL) et le Fresnoy, Studio national des arts contemporains. Les résultats de ces travaux peuvent être visibles ici.

    Vers une nouvelle écriture cinématographique induite par la technologie ?

    Des expériences sont également menées dans la réalisation de documentaires et même de courts-métrages, entrainant un changement de paradigme important. De l’écriture à la réalisation en passant par la post-production ou l’utilisation du matériel, c’est tout les processus créatifs mais également techniques qui se trouvent modifiés, voir réinventés. Pour accompagner la diffusion de sa série de documentaires sur les fonds marins, Oceans, la BBC a mis en ligne plusieurs vidéos 360° qui permettent à l’internaute de naviguer dans les océans à la rencontre des animaux marins. Le long-métrage interactif documentaire, utilisant en partie la vidéo 360°, Out My Window, de Katerina Cizek, va, quant à lui beaucoup plus loin. Il incarne par exemple la nouvelle conception de la narration dans un espace numérique. Katerina Cizek a transformé un contenu non-linéaire et fragmenté en un contenu engageant, cohérent et axé sur l’expérience utilisateur.

    Autre exemple, le court-métrage The Metamorphosis permet à l’utilisateur de vivre le film, adaptation de la nouvelle de Franz Kafka, du point de vue de Gregor, personnage principal. En utilisant la technologie PanoCAST, développée par Digital Elite Inc. en partenariat avec des chercheurs de l’Université de Technologie de Budapest, ce court-métrage offre une perspective de vision similaire à celle d’un insecte et laisse l’utilisateur contrôler l’angle de vue grâce à la vidéo 360°. Il peut découvrir le décor comme s’il y était et même interagir avec les acteurs pour accéder à des contenus supplémentaires. Le film a reçu le prix du meilleur court-métrage lors de la dernière édition du festival Hollywood Reel Independent Film.  Pour les créateurs, utiliser une caméra 360° offre autant de possibilités que de défis. Mais ils sont persuadés que, combinée à une vision artistique et à des compétences techniques, cette technologie trouvera le moyen d’offrir aux spectateurs, aux adeptes du cinéma et aux sociétés de divertissement une nouvelle perspective unique d’appréhender un film. Ils se sont d’ailleurs lancés dans la production d’un documentaire utilisant la même technologie, « Devoted to Dance ».

    La vidéo 360° interactive possède des opportunités de développement intéressantes, tant d’un point de vue créatif que technologique. Serait-ce le format audiovisuel de demain ?

     

    Article réalisé avec la collaboration de Christophe Chaillou, Directeur Recherche & Innovation, Pôle Images Nord-Pas de Calais

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