Un événement à partager, une question.

 

  • 02/12/2011
    « Révolution Numérique : Révolution Journalistique ? »

    Le SCOOP 2011, Festival Européen du Journalisme, se déroule actuellement dans la région, avec pour fil conducteur une question brûlante : Révolution Numérique : Révolution Journalistique ? La Plaine Images est partenaire de l’événement; l’occasion de nous interroger sur les mutations engendrées par les technologies numériques sur le métier de journaliste. Révolution ou évolution, les expériences innovantes ainsi que les réorganisations au sein des groupes de presse se multiplient. Enthousiastes ou résignés, les journalistes se saisissent des nouveaux outils multimédias et des nouveaux supports. Quelles mutations provoque le numérique sur le secteur de la presse ? Quels impacts sur le métier de journaliste et sur le traitement de l’information ?

    Des nouveaux lecteurs

    La démocratisation rapide des technologies numériques et l’émergence des nouveaux usages entrainent un changement de paradigme important au sein des rédactions. Les modes de consommation changent et évoluent rapidement, engendrant de nouvelles attentes chez les lecteurs. Lecteurs qui sont désormais des internautes, des mobinautes, connectés en permanence à la Toile et aux réseaux sociaux via différents supports. Lecteurs qui sont en demande d’une information en temps réel. Lecteurs qui se saisissent, en outre, des moyens de production et de diffusion de l’information.

    Des nouveaux outils pour des nouveaux modes de diffusion

    Les médias sociaux, notamment Twitter, ont créé une nouvelle manière de diffuser l’information. Ces nouvelles technologies offrent la possibilité de couvrir de manière plus efficace et pertinente certains événements. Brian Stelter, un journaliste couvrant la tornade Joplin, demanda au New York Times de publier ses tweets. « Avec du recul, je pense que mon meilleur reportage était sur Twitter », écrit-il après coup.

    Ces technologies permettent également aux journalistes de recueillir des informations via les blogs ou les sites de micro-blogging sans être présents sur le terrain. L’exemple de la couverture des « révolutions arabes » est très révélateur de cette tendance. La chaîne Al Jazeera a mis en place dès 2008 une plateforme en ligne, Sharek, permettant aux internautes de déposer informations, photos ou vidéos. Au plus fort des « révolutions », 1 600 vidéos étaient déposées. Certaines démarches vont plus loin pour tenter de tenir compte de la participation du public dans l’élaboration de l’information. Jean-Luc Martin-Lagardette, journaliste pour le webzine Ouvertures, a, par exemple, mené ce type d’expérience avec Agoravox. Il a lancé une série d’ « enquêtes participatives », menées à l’aide de la communauté d’internautes voulant bien témoigner et contribuer à une réflexion autour d’une thématique bien précise. La première de ces enquêtes s’est déroulée en 2007 et fut consacrée à l’obligation vaccinale.

    Le « journalisme du temps réel » permet plus de souplesse et de réactivité dans le traitement de l’information tout en nécessitant un travail de vérification et de fiabilité des sources très rigoureux. Il s’applique parfaitement à la couverture d’événements.  Andy Carvin (qui travaille pour la radio publique américaine NPR) a, par exemple, couvert sur Twitter les révolutions dans le monde arabe sans jamais publier d’article à ce sujet. Son travail consistait à repérer les témoins fiables, à confronter ce qu’ils disaient, à démonter les rumeurs, à s’appuyer sur son public pour des traductions ou pour vérifier une localisation sur une photo. Ce « journalisme du temps réel » est donc synonyme de rapidité et de contenu factuel. Dans ce cas, le journaliste s’apparente peut-être davantage à un « curator » : il agrège et diffuse du contenu. La notion d’article disparaît…

    Cette mutation dans le métier de journaliste est telle, que même une institution comme le prix Pulitzer la prend en compte. Dans un très récent communiqué, son Conseil laisse en effet entrevoir une modification dans les 14 catégories qui récompensent les journalistes : « Le Conseil a décidé de revoir la définition du reportage d’information de dernière minute, en mettant dorénavant l’accent sur la couverture en temps-réel de l’information ».

    L’article et les analyses de l’information ne sont pas pour autant voués à l’extinction ! Les technologies numériques permettent au contraire d’offrir différents modes de diffusion en fonction d’un type de contenu. A côté de la couverture d’événement et de ce « journalisme en temps réel » cohabite un « journalisme en temps long ». Le journaliste désireux de rédiger un article et d’analyser l’information peut utiliser les méthodes traditionnelles et même recourir à de nouveaux outils numériques pour offrir une présentation plus dynamique de l’information. Le journaliste s’empare désormais du multimédia.

    Des nouveaux formats pour des nouveaux modes d’écriture

    Infographies, vidéographies, POM (Petite Oeuvre Multimédia), webdocumentaires et même jeux sérieux apparaissent désormais sur les sites Web d’information. A tel point qu’un « journalisme de l’image » fait son apparition.

    Ludisme et didactisme sont de mise pour aborder des sujets parfois difficiles et susciter l’intérêt du lecteur grâce au côté interactif des innovations offertes par le Web. Le Monde a par exemple utilisé une infographie interactive pour l’accident de Fukushima.

    L’internaute devient alors acteur ou maître de son propre parcours informatif. La POM a été créée et développée en 2005 par Territoires de Fictions dans le projet « France à quoi tu penses ? ». S’il s’agit d’un mode de narration innovant, il demeure linéaire. La vidéographie est également un média linéaire d’information éditorialisée, associant un montage de photos et de vidéos. Le webdocumentaire correspond, quant à lui, à un récit non-linéaire. Il prend une place de plus en plus majeure sur la Toile. Plusieurs plateformes incontournables sont dédiées à ce nouveau genre, comme celle d’Arte. Et plusieurs outils permettent aux non-initiés de produire leur propre création, comme 3WDOC ou Klynt.

    Ce « journalisme de l’image » s’accompagne de nouvelles formes de narration au service de l’information, qui empruntent au storytelling et au transmedia. Le webdocumentaire représente par exemple un réel travail d’auteur. Il se base sur une collection d’éléments tirés du réel (témoignages, comptes-rendus, bilans, etc) pour mettre en place un récit. Un exemple de webdocumentaire : Manipulations, sur l’affaire Clearstream.

    Les métiers se fondent et connaissent une véritable convergence : journaliste, photographe, réalisateur, webdesigner, créateur sonore, illustrateur…

    Et demain ?

    Le journalisme doit se moderniser et survivre à la crise. Le numérique peut être une bonne réponse mais l’information ne doit pas en pâtir, au contraire. Si répondre aux attentes de l’audience semble essentiel, le journaliste doit rester un gage de qualité de l’information, notamment face à l’ « infobésité » et à la presse participative où l’internaute propose ses propres articles. Il doit, plus que jamais, délivrer une information vérifiée, sourcée et recoupée. Mais il peut également utiliser les nouvelles technologies à sa disposition pour apporter une information enrichie, « augmentée » en valeur ajoutée. Médiapart n’hésite pas, par exemple, à donner à lire ses sources confidentielles. D’autres journaux diffusent, quant à eux, leurs données comme le Los Angeles Times ou la BBC, qui ont ouvert leurs API au public. Et WikiLeaks a ouvert une brèche encore plus grande.

    Les technologies numériques peuvent également servir à trouver de nouveaux modèles économiques, de nouveaux modes de financement. Notamment en pleine « crise » de la presse (notons ici que cette crise des médias traditionnels n’est pas une crise d’audience mais de revenus publicitaires qui ne cessent de décliner dans les médias occidentaux comme le souligne The Guardian dans son blog sur les médias). Et d’autant que le journalisme « augmenté » est coûteux. Il faut lui donner les moyens de ses ambitions. Certaines initiatives de crowdfunding peuvent servir d’exemple. Comme le documentaire Paroles de conflits, pour lequel Raphaël Beaugrand, ex-journaliste pour lepoint.fr, a réussi à récolter plus de 18 000 euros sur le site KissKissBankBank. Ainsi, en quête de nouvelles sources de financement, les médias en ligne français indépendants ont lancé début mars Jaimelinfo.fr, une plateforme de crowdfunding qui permet aux lecteurs de financer directement reportages, enquêtes et projets de développement. Porté par Rue89, qui a déjà associé une cinquantaine de sites ou blogs (Mediapart, TerraEco, OWNI, Arrêts sur images, Cafebabel, Myeurope …) au projet, Jaimelinfo s’inspire de Spot.us.

    Ainsi, plus que le métier, ce sont peut-être davantage les modes de travail qui se réinventent.

    Les pure-players comme OWNI, Salon ou encore Médiapart ont gagné leurs gages de fiabilité sur la Toile. Et, le journalisme « traditionnel » a encore un avenir auprès d’une audience en recherche de cette fiabilité des informations. La revue XXI,  cofondée par Patrick de Saint-Exupéry du Figaro, prouve qu’il demeure toujours une place et un lectorat pour les enquêtes au long cours et extrêmement fouillées. Vendue en librairie uniquement, sans aucun encart publicitaire, ce magazine montre que les standards de la presse magazine de qualité ne sont pas obsolètes.

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