Un événement à partager, une question.

 

  • 18/11/2011
    (R)évolution numérique dans les lieux culturels : les salles de spectacle (2/2)

    Au même titre que les musées, les salles de spectacle s’emparent des technologies numériques innovantes. Nombre de théâtres, opéras, salles de concert… tentent de mettre en place des équipements à la pointe de la technologie. De nouvelles expériences sont ainsi proposées au spectateur. Mais les impacts de l’utilisation des technologies numériques innovantes dans les salles de spectacle vont bien au-delà d’une nouvelle expérience-utilisateur : le « spectacle » se réinvente; les métiers eux-mêmes se transforment.

    Amener le spectacle en dehors de la salle

    Le développement technologique a permis, depuis plusieurs années déjà, d’accroître les qualités visuelles et sonores des  représentations en tout genre. L’objectif de courtiser un public de plus en plus exigeant a laissé place à la volonté d’offrir des expériences de plus en plus immersives aux spectateurs, des expériences en accord avec les nouveaux usages.

    Mais l’idée d’amener le spectacle en dehors des murs et de le rendre plus accessible est peut-être devenue l’initiative la plus courante de l’utilisation des technologies numériques par les salles de spectacle. L’accessibilité des représentations se renforce à distance, comme en présentiel.

    Certaines technologies permettent, par exemple, aux personnes souffrant de handicap d’assister à des spectacles. Le théâtre de Broadway (New-York) a mis en place un système, en partenariat avec l’Alliance for Inclusion in the Arts, permettant aux personnes atteintes de cecité ou de surdité d’accéder à la pièce « Catch Me If You Can » en juin 2011. Les personnes sourdes ou malentendantes disposaient d’I-Caption, un boîtier diffusant en temps réel par écrit le texte prononcé par les acteurs.Les personnes aveugles ou mal-voyantes disposaient, quant à elles, de D-Scriptive, un guide-audio synchronisé décrivant en temps réel les actions sur scène, des détails des costumes aux jeux de lumière.

    A distance, la retransmission des spectacles, en direct ou non, avec image ou en simple streaming son, se développe, anéantissant les barrières géographiques (localisation de la salle) et sociales (prix du spectacle). La Gaîté lyrique, à Paris, offre par exemple de retrouver les captations de nombreux concerts et événements sur son site Internet et parfois en direct sur des sites partenaires comme Dailymotion. Autre exemple, Arte Live Web est une plateforme consacrée à la diffusion en direct ou en différé de concerts, spectacles et pièces de théâtre.

    Les expériences sociales et interactives de diffusion en direct émergent également. En septembre 2011, le Michael Forever Tribute Concert au Millennium Stadium de Cardiff a été diffusé sur Facebook, touchant ainsi 800 millions de fans qui pouvaient « liker », partager et discuter autour du live.

    Les offres de streaming Web se couplent en outre désormais avec des offres de retransmission sur d’autres supports comme les mobiles ou les tablettes. Ces expériences recherchent également l’interactivité. L’été dernier, lors d’un concert des Black Eyed Peas, le spectateur, présent dans mais également en-dehors de la salle, pouvait s’immerger dans le show grâce à une application mobile utilisant les technologies du 360 degrés et de la réalité augmentée, avec des options de partage et reliée à Twitter. En juin 2011, l’Opéra de Rennes proposa une retransmission en direct de l’événement « L’enlèvement au Sérail » de Mozart sur iPad et sur smartphones, couplée avec des contenus interactifs : sous-titres avec traduction française, colorisation pour les malentendants, affichage de la partition piano-chant, suivi en multi-caméras de l’orchestre, accès à des informations complémentaires, diaporame des coulisses… L’évènement a également était retransmis en direct sur des chaînes de télévision, sur des écrans géants installés dans plusieurs villes de Bretagne, ainsi que dans des mondes virtuels (Second Life et opensim). Une captation et une diffusion autostéréoscopique (sans lunettes 3D) a en outre été effectuée. Cet évènement a ainsi fait figure de « fête de l’opéra » accessible à tous grâce aux nouvelles technologies.

    Néanmoins, l’utilisation de ces technologies soulèvent plusieurs problématiques : techniques, juridiques ou relatives aux modèles économiques. L’objet n’est pas ici d’aborder ces questions mais de s’interroger sur l’apport des innovations dans les salles de spectacle, comme sur les impacts de l’utilisation des technologies numériques sur le spectacle lui-même.

    Enrichir le spectacle dans la salle

    La notion de spectacle « augmenté » désigne communément des retransmissions visionnées le plus souvent de façon isolée. Or les développements technologiques offrent la possibilité d’enrichir le spectacle dans la salle.

    En 2007 et 2008, lors des Transmusicales de Rennes, le public a pu vivre des expériences nouvelles, de surcroît partagées avec le spectateur isolé ! Plusieurs concerts se sont en effet déroulés en duplex réel/virtuel grâce à l’utilisation de la réalité mixte. Les internautes assistent au concert dans le monde virtuel de Second Life en même temps que le public dans la salle. Un écran présent à côté de la scène permet au public physique de communiquer avec le public virtuel, également interpellé par le groupe.

    Les initiatives visant à offrir un spectacle enrichi au public cherchent à rendre ce public actif, voir acteur. Elles utilisent fréquemment les médias sociaux tels que Facebook ou Twitter. Les technologies 2.0 se retrouvent au coeur du spectacle, laissant place à une « scène 2.0″. Lors du Fame Ball Tour de Lady Gaga, un écran placé devant la scène diffusait des messages envoyés par les spectateurs qui réagissait  la diffusion d’une vidéo. La chanteuse appelait même certains numéros afin de renforcer l’interactivité avec le public.

    Autre exemple de spectacle engageant un spectateur-acteur : le chorégraphe Cyril Viallon, et sa compagnie Caryatides, viennent de présenter DES-ENGAGEMENTS, un spectacle qui associe danse, musique, et vidéo, à la Maison Folie de Wazemmes. L’artiste évolue au milieu d’images projetées sur des écrans et danse avec une partenaire virtuelle. Mais le public est au coeur du dispositif. Il peut se déplacer sur la scène et se créer sa propre vision.  DES-ENGAGEMENTS confronte l’art du corps physique et l’art technologique.

    Autre approche : dans son spectacle Breaking / Iran, évoquant la « révolution » iranienne de 2009, le metteur en scène Eli Commins échangeait en direct avec des internautes iraniens.Quatre comédiens lisaient en quasi-direct des tweets et des messages tout juste envoyés de Téhéran, plaçant le spectateur face aux réflexions de particuliers « acteurs » de cette révolution et contraints au « silence » depuis l’échec du mouvement populaire.

    Vers un « spectacle hybride »

    Ainsi émerge le « spectacle hybride ». Si les salles de spectacle possèdent des équipements technologiques de pointe, il ne suffit pas de les additionner aux créations artistiques. Le spectacle lui-même se trouve transformé par l’utilisation des technologies numériques. Et enrichir un spectacle devient alors un choix artistique.

    La rencontre entre les arts et les technologies ouvre de nouveaux champs d’expérimentations et de nouveaux champs expressifs, notamment pour le spectacle vivant. En effet, si le cinéma ou la musique ont intégré rapidement les nouvelles technologies par nécessité, le théâtre ou la danse voient les fondements de leur création bousculés par ces technologies. Leur utilisation dans le spectacle vivant engendre en effet de nouvelles écritures scéniques et des créations transversales. On assiste actuellement à la mise en place de nouvelles modalités du processus de conception, de production et de représentation artistique; mais également à une nouvelle relation engagée par les artistes entre leurs créations et le public; à de nouvelles expérimentations.

    Un exemple : dans le cadre des étapes de Transat,  échanges bilatéraux Québec – Fédération Wallonie-Bruxelles, quatre créateurs aux pratiques diverses et complémentaires, se sont retrouvés le 14 novembre 2011 chez Transcultures à Mons pour commencer à explorer les enjeux liés aux nouvelles formes de performances avec la téléprésence lors d’une « soupe transatlantique » (association entre la SAT -Canada- et Transcultures -Belgique-).

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